La vie memorable et tragique du fameux scélérat Louis Dominique Cartouche

Title

La vie memorable et tragique du fameux scélérat Louis Dominique Cartouche

Synopsis

Cartouche

Set to tune of...

la belle Judith

Transcription

Peuples de France et de Paris,
Venez entendre de ma bouche,
Les cruautés et perfidies,
Commises par moi cruel Cartouche,
Je ne crois pas sous le soleil,
Qu'on pourroit trouver mon pareil.

2. Je fus un monstre plein d'horreur,
Redouté sur la terre et l'onde,
Jamais plus insigne voleur,
Que l'on ait vu dedans le monde,
Car mon coeur fut plus inhumain,
Que ceux des Empereurs Romains.

3. J'ai commis tant de cruautés,
De meurtres, vols et brigandages,
Dans Paris et de tous côtés,
Sur les grands chemins et bocages;
Par-tout je donnois la terreur,
Aux marchands et aux voyageurs.

4. Pour vous conter toute ma vie,
Il faudroit faire un gros volume,
Et pour la donner en écrit,
De fer il faudroit une plume,
Pour de l'encre il faudroit du sang,
Pour tracer mes forfaits sanglans.

5. La grande ville de Paris,
Fut le beau lieu de ma naissance,
Né de parens remplis d'esprit,
Bien élevé dès mon enfance,
Me donnant bonne instruction,
Par leur bonne éducation.

6. Mon Père quoique chargé d'enfans,
De travail et d'inquiétudes,
Connoissant mon esprit savant,
Il me fit conduire aux études,
Mais en apprenant le latin,
Je devins encore plus malin.

7. Ce qui dut m'être avantageux,
Me perdit sans nulle ressource,
Pour plaire à mon coeur ambitieux,
Falloit de l'argent dans ma bourse,
Pour imiter mes compagnons,
Qui étoient de bonnes maisons.

8. Pour leur belle figure égaler,
Je mis d'abord tout en usage,
Et je commençai à voler,
Pour me couvrir de beaux plumages,
Voici le beau commencement,
De mes premiers déréglemens.

9. Je volois des pommes et des fruits,
Près du collége à des fruitières,
Avec tant d'adresse et génie,
Qu'on ne s'en appercevoit guères,
Et des livres à mes compagnons,
Que je vendois comme un fripon.

10. Je n'avois pas encore onze ans,
J’étais en quatrième école,
Un jeune Marquis opulent,
Me caressoit sans nulle frivole,
Toujours bien reçu en tout tems,
Chez lui dans son appartement.

11. J’étois toujours le bien venu,
De ce jeune Marquis honnête,
Un jour il reçut cent écus,
Qu’il mit dedans une cassette,
Je résoluts dans le moment,
De lui prendre tout cet argent.

12. Je lui prends fort subtilement,
Un jour la clef dedans sa poche,
Je cours dans son appartment,
De la cassette je m’approche,
Lui dérobant les cent écus,
Où j’ai manqué d’être apperçu.

13. J’entendis monter le Marquis,
Suivi de son valet de chambre,
Alors la frayeur me saisit,
Qui me fit tout trembler les membres,
Je me cachai rempli de soin,
Derrière une armoire dans un coin.

14. L’homme de chambre du Marquis
Accablé d’un grand mal de tête,
Resta deux jours dessus son lit,
Moi toujours tremblant faisant diette,
Où je fus dedans ce danger,
Deux jours sans boire et sans manger.

15. Dès que le valet fut sorti
Je quittai cette armoire fatale,
Et je sortis de ce logis,
Etant d’une joie sans égale,
Croyant de m’en aller chez nous,
Pour calmer mon [illegible].

Le Frère de Cartouche.
16. Mon frère ne vas point au logis,
Car mon père est trop en colere,
Suivant le rapport du Marquis,
Il dit qu’il fera tes affaire,
Si tu es jamais convaincu,
De lui avoir pris cent écus.

Cartouche.
17. Epouvanté de ce récit,
Je fis mes adieux à mon frère,
Et je m’éloignai de Paris,
Sans savoir ce que j’allois faire,
Marchant sans trouver de logis;
Plein de frayeur pendant la nuit.

18. Conduit par mon fatal destin,
Je me trouvai dans un bocage,
J’entendis dans un lieur voisin,
Des gens parler d’un sot langage;
Je reconnus à leur maintien,
Une troupe de bohémiens.

Une Bohémienne à Cartouche.
19. Où t’en vas-tu mon pauvre enfant,
Tout seul dans un âge si tendre,
Reste avec nous un peu de temps,
Des secrets nous pouvons t’apprendre,
Mange si tu veux avec nous,
Choisis ce qui est à ton goût.

Cartouche.
20. Il ne falloit pas me prier;
Avec eux je me mis à table,
Je mangeai pigeons et poulets,
Et je bus du vin délectable.
Je n’avois jamais de ma vie,
Mangé de si bon appetit.

21. Ils m’apprirent l’art de voler,
Et me dirent mon horoscope,
Je suis si bien en profiter,
Qu’avec le temps par-tout l’Europe,
On connut mes tours de filoux,
Que je fis en France et partout.

22. M’ayant bien instruit là-dessus,
Un de la troupe détestable,
Me déroba les cent écus,
Comme moi il fit le semblable,
Je fus contraint de m’en aller,
Pour les imiter à voler.

23. Je profitai de leurs leçons,
Je volois avec tant d’adresse,
Que moi avec d’autres fripons,
Nous fimes plusieurs tours de souplesse,
Mais le parlement de Rouen,
Prit plusieurs de ces garnemens.

24. Moi pour éviter le fléau
De la justice de ce monde,
J’allai pour trouver un vaisseau,
Pour m’embarquer sur les ondes;
Mais un de mes proches parents,
Me fit changer de sentiment.

L’Oncle de Cartouche.
25. Qui vois-je avec ses matelots,
Sur ce port de mer qui promène,
C’est Cartouche bien à propos,
Que cette figure me fait peine,
Quoique Cartouche soit un voleur,
[illegible] perce le coeur.

Cartouche.
26. Mon oncle je me jette à vos pieds
Et j’implore votre assistance,
De moi ayez quelque pitié,
Je reconnois toutes mes offenses,
A Dieu j’en demande pardon,
Remenez-moi à la maison.

L’Oncle de Cartouche à son Père.
27. Mon Frère j’amène une brebis,
Qui fut égarée au pacage,
Recevez-la c’est votre fils,
L’amour paternel vous engage,
Pardonnez, il veut obéir,
Et sera plus sage à l’avenir.

Cartouche.
28. Mon père je tombe à vos genoux
Pardonnez mes fautes et intrigues,
Pour Dieu recevez-moi chez vous,
Ainsi qu’un autre enfant prodigue,
Oubliez ce qui s’est passé,
Je ferai mieux que je n’ai fait.

Son Père.
29. Je te pardonne d’un bon coeur,
Mais il faut que tu sois plus sage,
Quitte le métier de voleur,
Songe que tu avances en âge,
Suis les traces de tes aïeux,
Tu sais bien qu’il y a un Dieu.

Cartouche.
30. Je ne profitai pas long-tems
Des remontrances de mon Père,
Mon coeur ingrat et turbulent,
Ne songeoit jamais qu’à mal faire,
Voulant paroître en grand Seigneur,
Fallut encore faire le voleur.

31. Je repris mon premier métier,
D’une effronterie toute entière.
Je pris des montres et noeuds d’épée,
Des mouchoirs et des tabatières,
Et grande quantité d’argent,
Je m’habillai superbement.

Le Père de Cartouche.
32. Que je sens de cruels soupçons.
Glisser dans le fond de mon âme,
Je crois que mon fils est un fripon,
Eclaircissons-nous peur du blâme,
Voyons si dans son coffre fort,
Il n’y loge pas des trésors.

33. Hélas qu’apperçois-je, ô grand Dieu!
Que de vols et de belles choses,
Ce n’est que louis dedans ce lieu,
Quelle étrange métamorphose,
Des Dentelles en différens goûts,
Etuis d’or, flacons et bijoux.

34. Mon fils puisque le temps est beau,
Veux-tu venir, je me prépare,
J’ai affaire pour cinq cents tonneaux,
Dans le couvent de Saint Lazare,
Allons dans ce lieu attendu,
Nous seront les très-bien venus.

35. Mon fils différez un moment,
Je vais descendre du carrosse.
Au Père Prieur[?]
Mon Père j’amène mon enfant,
Prenez-le par amour ou par force,
Donnez-lui bonne correction,
Je vous donnerai bonne pension.

Cartouche.
36. Que vois-je ce sont des archers,
Qui sont dans ce lieu pour me prendre,
Il faut périr ou me sauver,
Allons je ne dois pas attendre,
Il faut tromper mes surveillans,
Par un simple deguisement.

37. J’ôtai mon habit d’un plein saut,
D’une manière vive et allerte,
Quittant ma perruque et chapeau,
Fis un bonnet d’une serviette,
Ainsi qu’un garçon cuisinier,
Me sauvant au nez des archers.

38. Lorsque mon Père fut de retour,
Qui peut douter de sa surprise,
Et tous les archers d’alentour,
D’avoir ainsi manqué leur prise,
Retournèrent tous à Paris,
Et moi je gagnai le pays.

39. Je me nippai de beaux habits,
Ainsi qu’un homme de noblesse,
Je revins encore à Paris,
Où je pris étant à la Messe,
Une montre à un Allemand
Qui valoit bien deux mille francs.

40. Je m’accostai étant fripon,
D’une aimable et jeune lingère,
Je lui prouvai ma passion,
Et lui faisoit faire grande chère,
Et pour éviter les espions,
Je me donnai un autre nom.

41. Vêtu en habit galonné,
Belle épée et fine chemise,
Je volois dans les assemblées,
Aux Comédies et dans l’Eglise,
Prenant des montres, noeuds d’épées
Et de l’or dedans les goussets.

42. Un jour par ma subtilité,
Je volai comme un misérable,
Une croix riche à un Abbé,
Dans le tems qu’il étoit à table,
Pour faire gagner un pari,
A des Messieurs de ses amis.

43. Un jour je sortis de Paris,
En voiture et en attirailles;
Je fis un coup des plus hardis,
Dans la noble cour de Versailles,
Ainsi qu’un garçon Tapissier,
Dans la galerie j’ai entré.

44. Je dérobai un bras d’argent,
Qu’on mettoit bougis ou chandelle.
Louis quatorze me voyant,
Ainsi monté sur une échelle,
Me surprit disant tout d’un coup:
Que fais-tu, tu te casseras le cou.

45. Qui peut douter de mon effroi,
Me voyant surpris de la sorte,
Promptement je réponds au Roi,
A Monsieur Bontemps je reporte.
Ainsi qu’il me l’a commandé,
Pour le faire raccommoder.

46. Ayant mon vol entre les mains
Au Roi je fis la révérence,
De Paris je pris le chemin,
En faisant grande diligence:
Où j’appris que plusieurs fripons,
Etoient en galère à Toulon.

47. Sans m’épouvanter de ce bruit,
Je fis mon train à l’ordinarie,
Je fis tant de friponneries,
Tant de meurtres extraordinaires,
Il faut vous faire quelque récits,
De ce que j’ai fait dans Paris.

48. Un jour étant chez le Régent,
On y jouoit gros jeu de cartes,
J’étois vêtu superbement,
Je volai au Duc de Chartres,
Un riche cordon de diamans,
Puis je m’en allai promptement.

49. Faisant le métier de voleur,
J’étois marchand de chair humaine,
Je devins fameux racoleur.
Fournissant à des Capitaines,
Un très-grand nombre de soldats,
Qu’on envoyoit aux Pays-Bas.

50. Un Sergent étant à Paris,
Je lui devois livrer cinq hommes,
Nous fumes au Faubourg Saint Denis,
Prétendant de lui une somme,
Des hommes que j’avais livrés;
A mon tour je fus attrappé.

51. Le Sergent me saoula de vin,
Afin de tant mieux me surprendre,
Je m’endormis jusqu’au matin,
Ou je suis surpris sans attendre,
Qu’on me dit étant éveillé,
Que j’étois aussi engagé.

Method of Punishment

breaking on the wheel

Crime(s)

murder

Date

Execution Location

Paris, Place de Grève

URL

https://criminocorpus.org/fr/bibliotheque/page/46821/

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